Entrepreneur de sa vie

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Peut-on réellement devenir entrepreneur de sa vie ?

Petit exercice critique sur le développement personnel

Aujourd’hui, avec des millions de livres sur le développement personnel, de formations dans le domaine ou de podcasts qui nous suivent partout, comment ne pas croire que l’on peut être entrepreneur de sa vie. Cette croyance néolibérale fait peser l’idée que tout repose sur l’individu et que s’il ne réussit pas, il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Hier honni (sauf outre Atlantique), l’entrepreneur est aujourd’hui devenu le penseur moderne. Il est le symbole de la réussite. Il fait vivre des personnes grâce à l’écosystème qu’il crée. Il enrichit la collectivité. Il accompagne les mutations actuelles en repoussant les cadres traditionnels de la société, avec un rien rebelle et provocateur pour qui se conforme encore… Il devient même parfois philanthrope quand il a veut montrer son attachement obsessionnel à l’idée qu’il fait du bien à sa communauté. Il est devenu LE modèle et avant tout, le modèle de lui-même : agile, réactif, optimiste, tout puissant de soi. L’association se fait vite dans les esprits : on peut donc être plus qu’un entrepreneur. On peut être un entrepreneur de sa vie. Une idée qui séduit depuis maintenant une bonne décénnie et qui propulse des coaches qui n’ont jamais été entrepreneurs de leur vie, mais qui se spécialisent dans la motivation à haute dose ou la pensée magique. Le problème est qu’une vie réussie dépend de chacun, de son expérience, de son histoire, de ses potentiels de départ, des aléas de la vie. Aucun coach ou entrepreneur ne peut s’ériger comme modèle en arborant un air radieux de sa vie et de ses réussites. Le développement personnel pourtant promis à un bel avenir, souffre aujourd’hui d’un discours qui conduit de plus en plus de personnes à s’enliser dans la spirale infernale de la comparaison, peu propice à les aider à trouver leur propre réservoir de ressources personnelles pour évoluer selon leurs désirs. Comment en est-on arriver-là et comment peut-on s’en défendre ?

Exprimer sa puissance

« Vivre une vie de telle sorte qu’il faille désirer revivre », telle est la pensée qui a commencé à se développer au XVIII s. Le projet du siècle des Lumières, poursuivit à l’ère industrielle pui par Nietzsche et les psychanalystes, n’est autre que de trouver sa propre autonomie, en devenant maître de son destin et en faisant preuve d’une efficacité personnelle à toute épreuve. L’égalité et la quête du bonheur deviennent les fers de lance des sociétés industrielles et de la Toute jeune Amérique qui l’inscrit dans sa Constitution (l’American Way) dès la fin du XIX s. L’échange d’informations s’accélère en parallèle pour ne faire que s’intensifier au cours du XX s., favorisant la diffusion et le partage de cette croyance qui remplace avantageusement la perte de tous les autres repères des sociétés industrialisées. Par ailleurs, le recul des maladies mortelles dès la fin du XIX siècle, accroît l’espérance de vie et renforce l’illusion de la toute-puissance individuelle. Suit l’avènement de la classe moyenne après-Guerre, qui s’accompagne d’une augmentation du niveau de vie dans les pays industrialisés. L’économie, pendant plus de 35 ans connaît un rythme soutenu et engendre la prospérité. Ces transformations s’accompagnent de reconfigurations profondes du lien social. Progressivement les digues du « défendu » cèdent devant le « permis » et l’UN « possible ». L’individu a dorénavant l’injonction de se réaliser. Il doit être l’agent de son développement. Il doit prendre son sort en main à partir de ce qu’il est. Il doit formuler qui il est et ce qu’il veut de sa vie. Sa pensée devient prédatrice, d’abord pour lui-même. Il doit réussir à se dépasser à chaque instant.

Entrepreneur de sa vie

Adhérer aux certitudes face à l’incertitude

Plusieurs mythes se mettent en place entre le XVIII s. et le XX s., à commencer par celui que la réussite tient à la capacité de travailler de manière acharnée. Mythe qui s’effondre avec les premières crises pétrolières, suivies des crises financières qui ébranlent le monde des décennies plus tard. Certains réussissent brillamment. La classe moyenne et les élites s’en sortent mieux que les autres. La société néolibérale démontre sa capacité à créer de l’inégalité partout. Pourtant cela renforce le mythe de l’entrepreneur de sa vie. Plus la part des inégalités des chances s’accroît, plus la pensée motivationnelle prend de l’essor avec des histoires parfois quasi mystiques comme The Secret. Le règne de la confiance en soi fait son apparition, prôné par Emerson avec son Self Reliance qui se traduit par “s’appuyer sur soi, sur ses forces personnelles, permet d’agir”. Cela conduira tout droit au self made man, qui reliera autonomie – confiance en soi – sens élevé de la compétition. Accrochons-nous ! En l’Homme est réuni la créature et le créateur. Il faut oser être soi-même, scande-t-on à mesure que la société technolibérale se met en place. Il est vrai que par rapport aux moyens de communication précédents, ceux dont dispose le nouveau libéralisme technologique fait figure de géant. 100 fois par jour nous entendons le message sous diverses formes. Comment ne pas renforcer l’idée en chacun, d’être autonome mais surtout libre et insoumis. Voilà qui renforce en définitive encore plus l’incertitude individuelle, tout en faisant le beau jeu du développement personnel qui vient alors au secours de chacun. Il vient en effet objectiver tout ce qui nous échappe, comme si les crises, la chance, les circonstances, les évènements, les réactions collectives n’existaient pas ou n’avaient aucun impact sur nos vies.

Repousser les frontières de soi-même

Comme il n’y a plus de frontières à repousser nul part, c’est en allant sur Mars, en sondant les Abysses marins ou ceux de notre personnalité, que nous parvenons aujourd’hui à relever les défis de l’aventure humaine. Et la première question qui vient c’est pourquoi existons-nous ? Comment faire de notre vie, une existence et non une traversée en ligne droite sans laisser d’héritage ou sans prendre de plaisir. Convoqués à notre propre réussite, dans une atmosphère hautement compétitive, il n’y a rien d’étonnant à ce que nous trouvions un peu de réconfort dans quelques valeurs de rappel que nous prodiguent Les Accords Toltèques, écrits Don Miguel Ruiz. Finalement assez simple et basique, cet ouvrage fournit une forme de discipline personnelle, indispensable pour survivre dans un monde hautement individualisé.  Cependant avec l’épisode du COVID, nous réalisons aussi que nous sommes interdépendants et que notre réussite ne tient pas qu’à nous seuls. Nous réalisons que nous devons apprendre à nous autodiscipliner face à notre consommation car nous aurons à porter le fardeau de notre échec social et de notre propre échec en cas de faillite personnelle ou financière. Face à l’effondrement de l’entrepreneuriat durant cette période, la leçon est dure et remet en question la croyance dans l’idée d’entreprendre sa vie. Avec un niveau de chômage qui augmente de manière incontrôlable, poussant des millions de personnes y compris bien formés à perdre durablement leur salaire, leurs liens sociaux, leur dignité, leur estime d’eux-mêmes, leur sentiment de contribuer et leurs rêves, le mythe de l’entrepreneur de soi s’effondre comme un château de carte. Face à ce panorama peu réjouissant, le développement personnel devrait se muer en connaissance de soi et de ses moyens individuels et en équipe, d’agir face aux multiples aléas de la vie, pour ne pas être juste un accompagnement de l’existence ou une farce édulcorée du bonheur ou une manière de se rendre la vie plus légère qu’elle ne le sera jamais en vérité. Malgré tout, le développement personnel reste le signe d’une société bien portante, dont chaque individu a le loisir de s’interroger sur ses propres capacités et de les mettre en action pour soi et/ou pour sa communauté.

Pour ne pas conclure

Non je ne me tire pas une balle dans le pieds en écrivant cet article et j’assume pleinement mon rôle de coach de vie. Au contraire, c’est le sens que je donne à mon travail et au parcours 🎇  Sens & Avenir©.  Premièrement je m’en voudrais de ne pas m’interroger sur l’avenir du développement personnel.  J’ai parfaitement conscience des abus et des difficultés de cette discipline. D’autre part, j’ai conscience que nous ne sommes pas maîtres de tout dans ce monde et que nous devons faire face à des problèmes dont nous ne pouvons rien changer. Cependant nous fonctionnons aussi sur beaucoup d’idées limitées et dysfonctionnelles concernant ce que nous pouvons faire ou ne pas faire. Nous nous limitons aussi par notre éducation et notre mode opératoire commun, à refuser l’alchimie de l’imagination et du réel. C’est pourtant un moyen très puissant de conduire sa vie en s’immunisant de la peur de l’échec et de l’incertitude. L’incertitude restera toujours dans nos vies mais nous avons des moyens de naviguer en tenant la barre ou le guidon bien serrés, pour avancer au plus près de nos souhaits.

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