MINDFULLNESS

Comment se libérer

Et augmenter ses potentiels avec l’expérience

Entretien avec le psychanalyste Suisse, Denis STEINER.

INTRODUCTION

L’individuation au coeur d’une forme de libération

Si vous ressentez  en milieu de de vie, l’envie de tout plaquer et d’aller vivre loin, ne vous inquiétez pas, c’est normal ! Mais votre libération véritable passe par un autre chemin, plus intérieur. Denis STEINER, psychanalyste, nous explique pourquoi et comment.

Isabelle Cham signature

Quelques mots

Denis STEINER

développer son impact personnel

Denis STEINER est psychanalyste Suisse et auteur d’un premier ouvrage : “Jung et l’alchimie” aux éditions Vie.

De formation ingénieur en électronique, il a mené sa carrière à la RTS (TV Suisse). Il rencontre la pensée et les travaux de Carl Gustav JUNG à 30 ans et commence aussitôt sa formation de psychanalyste, en suivant notamment “l’Ecole du Rêve” à Genève.

Son premier ouvrage vise à décrire le processus d’individuation propre à CG. Jung, à travers le symbole de l’alchimie. Il prépare un deuxième ouvrage, sur le même thème mais avec la volonté de rendre ce principe si important de la vie, accessible aux néophytex comme vous et moi.

La liberté ne veux rien dire…

Isabelle Cham : Denis, pourquoi dans une société comme la nôtre, où nous disposons de tant de libertés, avons-nous toujours envie d’être encore plus libres, surtout lorsque la maturité s’installe dans notre vie ?

Denis Steiner : Pour moi, on ne peut pas parler de liberté. C’est une notion trop vague dont il faut se méfier. C’est un slogan des années 60 où le mot « freedom » est mis à toutes les sauces. La liberté évoque un enfant dans un magasin de jouets qui pourrait tout choisir et tout avoir. La vie ce n’est pas ça et, en ce sens, je me fie à l’esprit bouddhiste qui dit que la vie n’est pas facile et qu’elle n’est pas exempte de souffrances. Mais, pour le Bouddha, il existe une voie sure, conduisant à la suppression de la souffrance. En psychanalyse, c’est la voie de l’individuation.

 

Il faut garder une vision réaliste de la vie, qui tienne compte aussi de la souffrance, car la reconnaitre c’est se donner les moyens d’y faire face. Si l’on est dans la difficulté, il ne faut pas fuir, il faut avant tout comprendre. Si l’on n’agit pas en conscience, on risque de se retrouver confronté aux mêmes difficultés dans un cycle qui n’en finit jamais. Ce qu’il faut, c’est se tourner vers des activités qui ont du sens. Cela demande un travail personnel.

ARTICLE DS 3

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Ceux qui réussissent, sont ceux qui savent surmonter la pression

IC : Mais comment faire ce travail d’individuation dans une journée déjà bien remplie ?

DS : Le travail d’individuation demande d’apprendre à lâcher prise. Il y a quelques années en arrière il était difficile de dire : « Je vais méditer » ou « Je vais à mon cours de yoga ». Maintenant, c’est beaucoup mieux accepté. Ceux qui réussissent sont ceux qui savent faire face à la pression, ne pas prendre tout sur eux et qui savent reconnaitre le côté positif des choses. Il y a aussi une littérature abondante aujourd’hui en matière de développement personnel ce qui permet de se remettre en question sur les routines qui s’imposent à nous en milieu de vie. Et puis, se faire aider, au moins pour un certain temps, permet de gagner du temps. On a de la peine à s’appréhender soi-même, le regard de l’autre nous aide dans l’approche de nous-mêmes.

 

ARTICLE DS 6

La maturité amène le désir d’une quête de sens

IC : Mais, à priori, en milieu de vie, on a trouvé sa voie. Pourquoi parler encore d’évolution ? À la recherche de quoi faut-il se mettre à l’écoute ?

DS. : C’est une bonne question et c’est un point qu’il faut bien comprendre : C. G. Jung le célèbre psychanalyste suisse, nous dit que notre vie évolue. Elle peut être comparée à la course du soleil dans le ciel. Il y a tout d’abord l’aurore puis une ascension jusqu’au zénith et de là, il y a une redescente qui nous conduit à la mort. Cette analogie confirme qu’il y a bien à un moment donné un basculement qui nous fait passer de l’ascension à la redescente. Ce point fictif correspond à la crise du milieu de vie. C’est un peu comme en montagne, l’ascension est plus facile que la descente. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il s’agit, dans la première moitié de la vie, de résoudre des problèmes d’ordre matériel. On nous y prépare dès l’enfance et à l’âge adulte nous développons en priorité notre place sociale. La descente est plus difficile parce que les problèmes à résoudre sont plus personnels, ils sont d’ordre spirituel. Ils concernent notre esprit et notre façon de nous situer dans le monde. Ils concernent le sens qu’il faut donner à nos vies. Alors continuer de croire que les problèmes vont se résoudre par des solutions matérielles est une erreur. Les problèmes de la redescente vont se résoudre de préférence par l’introspection et la méditation. Ils vont se résoudre, si l’on sait ce que l’on veut et si l’on arrive à lâcher prise sur le matérialisme.

 

Trop souvent, on voudrait changer les choses — les remplacer — sans comprendre qu’à partir d’un certain stade, on change les choses en les transformant. Il faut oser regarder ses propres défauts, oser faire face à ce qui ne va pas et le transformer. Sinon on risque de rester dans un cercle ou les dysfonctionnements se répètent à l’infini.

ARTICLE DS 7

Votre supérieur vous énerve ? Mais le problème vient peut-être de vos propres questions..

IC. : Mais concrètement comment faire pour retrouver du sens (C.G. Jung parlait même de retrouver son âme !) ?

DS. : La réponse, appartient à chacun d’entre nous. La voie privilégiée, si elle est possible, c’est d’écouter ses propres rêves et de les analyser. Ce qu’il faut savoir, c’est que le langage de l’âme est un langage symbolique, il faut donc un peu d’habitude pour bien le comprendre. De rêves travaillés en rêves travaillés, on va petit à petit prendre conscience qu’il existe, en nous, une énergie psychique que Jung a appelé le Soi. Ce Soi cherche à faire disparaitre en nous les conflits qui naissent des oppositions que nous pouvons avoir à l’intérieur de nous-mêmes ou vis-à-vis du monde extérieur. On dit que le Soi est union des contraires, il nous aide à grandir.

 

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Prenons un exemple : votre supérieur vous énerve. À vos yeux, il est nul et fait tout le contraire de ce que vous feriez à sa place. Le problème ne vient peut-être pas de lui. Il vient peut-être de vous qui avez un problème avec son autorité et le rôle qu’il est censé jouer. Si vous comprenez la source de ce conflit, peut-être pouvez-vous mettre en place quelque chose en relation avec vos valeurs au lieu d’alimenter sans cesse votre rancœur. Et dans cet exemple, changer d’entreprise pour vous remettre sous la houlette d’un autre chef ne sert à rien. Vous retomberez très vite dans les mêmes difficultés. Seul un changement de point de vue, qui va dans le sens d’une prise en charge de vous-même, peut résoudre votre problème. Mais cela, il faut le voir, et c’est là que le travail sur soi peut être très utile.

 

ARTICLE DS 5

Il faut savoir regarder en face cette envie de prendre le pouvoir !

IC. : Il faut savoir regarder en face cette envie de prendre le pouvoir !

DS. : Les bouddhistes soulignent que le pire ennemi est l’ignorance. En appliquant uniquement des solutions matérielles, ce n’est pas suffisant. Il faut regarder le côté positif de cette envie de prendre le pouvoir et utiliser cette énergie pour la mettre au service d’une formation personnelle par exemple, qui aura plus de chances de déboucher un jour sur un poste à responsabilités. Ou alors, admettre qu’on ne sera jamais chef et que la solution, pour soi, c’est de faire au mieux son travail et de se tourner vers d’autres activités en dehors de son travail. Ce processus, que l’on appelle le processus d’individuation en psychanalyse, consiste à devenir un individu, à savoir quelqu’un qui n’est plus divisé, qui n’est plus en inflation ou en colère vis-à-vis du monde, mais qui, au contraire, est devenu — entier — dans sa vie, dans ses activités et dans sa relation avec les autres.

IC. : Mais tout cela conduit forcément à des changements de vie que chacun n’a pas forcément le courage d’affronter ?

DS. : Pas forcément, parfois une reprise de contact avec la nature suffit. Partir marcher, se promener, contempler le monde qui nous entoure permet déjà de sortir de la boucle infernale de la rancœur, de la déception et de la rumination. Nous sommes dans un monde où le choix des possibles augmente sans cesse. Il faut donc faire des choix. Je vais faire une comparaison avec la nourriture : dans les magasins actuels, il y a beaucoup de choix, mais quels sont les articles vraiment nécessaires et indispensables à la vie ? Les légumes, le poisson, la viande de bonne qualité et quelques ingrédients comme le sel, les épices ou autre. Pour le reste, en grande partie, c’est du superflu, au mieux neutre pour la santé et au pire nuisible.

ARTICLE DS 4

S’étourdir d’activités ne conduit qu’à s’éloigner de soi et à se déresponsabiliser

 

C’est un peu pareil dans les activités, on peut faire un tas de choses, mais quelles sont les activités qui sont vraiment indispensables à la vie et qui sont véritablement bénéfiques ? La vie moderne nous oblige à faire des choix alors autant garder ce qui est indispensable à la vie et au bonheur de chacun. Souvent, les gens qui en ont assez tentent de changer en premier leur vie professionnelle ou leur vie sentimentale. C’est l’égo et le moi qui se mettent en avant pour réclamer ce qui semble être un dû. Le réflexe à avoir dans ces cas-là serait plutôt de s’arrêter, de faire une pause, et de regarder au fond de soi-même ce qui cherche à se dire. Si l’on a le sentiment de ne pas être à sa place, il faut essayer de faire changer les choses, mais sans forcément tout faire exploser.

IC. : Dis autrement, se sentir libre en milieu de vie, c’est d’abord devenir plus réaliste ?

DS. : Oui, car nous sommes faussés par des siècles de pensée chrétienne qui présupposent l’existence d’un Dieu bon et bienveillant envers l’homme, à qui il suffit de s’en remettre pour bien vivre sa vie. C’est une façon de se déresponsabiliser et de croire à un bonheur qui viendrait de façon naturelle. Or il existe une façon de penser bien plus réaliste, qui admet l’inévitable côté sombre des choses, les désillusions, le vieillissement, la maladie, l’isolement, les deuils, l’absence de sens, les choix difficiles et même notre propre mort. C’est en prenant conscience de cela que l’on cesse progressivement d’espérer que le changement vienne de l’extérieur.

 

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Trouver un sens à sa vie est primordial

La liberté qui était le sujet qui a amorcé notre discussion pose problèmes dans les deux sens : il n’est pas bon d’en manquer, mais il est aussi problématique d’en avoir trop ! Parce qu’alors se pose la question du sens, qu’est-ce que je fais de mon temps et de ma vie.

Il y a quatre grandes causes de perturbation dans nos vies dont parle la thérapie existentielle : la mort, la liberté, l’isolement fondamental, l’absence de sens. Les quatre sont des facteurs anxiogènes.

La question du sens est primordiale et c’est pourtant le parent pauvre de nos raisonnements. Faire une vraie recherche de la cause du mal nécessite de bien identifier d’où viennent les problèmes. On est souvent surpris : ils ne sont pas là où on les attendait le plus. C’est cela le travail d’individuation. C’est ce que demande la seconde phase de vie, une réponse claire sur le sens.

Bien sûr, on ne peut pas tout changer, mais mieux vaut négocier un petit espace d’indépendance à partir duquel notre originalité pourra émerger plutôt que de chercher à remplacer un système de dépendance par un autre, car tout au fond de nous, quelque chose demande toujours de pouvoir s’épanouir et de pouvoir grandir.

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